CONTRE/EFM

hibou ecrit Cette petite Emma est autiste mais a une voix merveilleuse

 http://www.outre-vie.com/vieapresvie/ndesceptique.htm

La vie et la mort

par Pascal Lapointe

La Presse, 10 juillet 1995
Il y a des choses étranges qui émergent, lorsqu'on compare les travaux de ceux qui ont tenté de suivre les traces du Dr Raymond Moody, philosophe reconverti, après 1982, en psychiatrie. L'un des plus enthousiastes est le cardiologue américain Fred Schoonmaker qui, au tournant des années 80, a interrogé 2300 malades. Selon lui, 60% des personnes déclarées cliniquement mortes après un arrêt cardiaque ont dit avoir vécu une ÉMI. Un autre cardiologue, Kenneth Ring, avance le chiffre de 43%. Un sondage Gallup mené en 1982 parle de seulement 34%. Et on peut même rencontrer des cliniciens qui affirment n'avoir jamais fait face à ce phénomène, comme l'Américain Stephen Vicchio.

De plus, dans le cas de Schoonmaker, les résultats encourageants le deviennent moins lorsqu'on lit dans son rapport que 18% de ceux qui lui avaient d'abord dit n'avoir aucun souvenir ont produit des témoignages seulement "après des demandes répétées et beaucoup d'insistance" de sa part. De là à parler d'une enquête biaisée, il n'y a qu'un pas, que les critiques n'ont pas hésité à franchir.
Mais quelle que soit la méthode de calcul, on se retrouve tout de même avec au moins 40 à 60% des personnes cliniquement mortes qui affirment n'avoir vécu aucune ÉMI. Toutes les tentatives pour essayer de leur trouver des points communs, pour expliquer pourquoi les autres ont vécu une ÉMI et pas eux, ont échoué.

"Peut-être n'a-t-on pas assez pris en considération le facteur culturel", avance le sociologue australien Allan Kellehear. Dans un article publié en 1993 dans The Journal of Nervous and Mental Disease, celui-ci avait été le premier à offrir une étude comparative approfondie des différences par pays entre les ÉMI. En Chine par exemple, affirme-t-il, il n'y a pas de tunnel. Certains &"ressuscités" ont bien comme souvenir une sensation d'obscurité, mais aucun ne raconte avoir traversé un quelconque tunnel. Ni d'avoir senti qu'il s'envolait au-dessus de son corps. En Inde, en Mélanésie et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, toujours pas de tunnel. Dans ce dernier cas, on va par exemple rencontrer des rescapés qui racontent avoir quitté leur corps, avoir marché jusqu'à un endroit sacré où ils ont procédé à des ablutions, conformément à leurs croyances, puis être passés sous terre, vers le monde des esprits -toujours en concordance avec les croyances locales.
"Dans nos recherches, nous n'avons trouvé aucun récit de tunnel dans aucun des témoignages venus de l'extérieur du monde occidental", conclut sans appel Allan Kellehear.


Les autres hypothèses 
Mais à supposer qu'il ne s'agisse pas d'un voyage avorté vers l'au-delà, qu'est-ce qui peut expliquer ce qui s'est passé dans la tête de ces personnes? La psychologue britannique Susan Blackmore, une autorité mondiale dans la recherche sur les EMI, et une sceptique affichée, voit un début d'explication dans le fait qu'on rapporte des expériences similaires aux EMI chez des personnes sous l'influence de médicaments, dans un état de grande fatigue ou de stress intense.
Et, est-il besoin de le rappeler, beaucoup de ceux qui ont fumé du pot sont vraiment convaincus qu'ils ont laissé leur corps derrière eux et flotté au gré du vent...
"Les tunnels, ajoute Susan Blackmore, sont aussi perçus durant des crises d'épilepsie et de migraine, au moment de sombrer dans le sommeil ou tout simplement en relaxant."
Allons plus loin: le neurologue Jack Cowan, de l'Université de Chicago, a tenté de dresser sur ordinateur un modèle mathématique de la façon dont l'information circule de nos yeux jusqu'au cerveau, afin d'expliquer la vision du tunnel.

Les neurologues savent déjà que lorsque le cerveau cesse d'être alimenté en oxygène (par exemple, lors d'un arrêt cardiaque), ou lorsqu'il est affecté par une drogue comme le LSD, il se met à générer un trop-plein d'activités. Dans le cas du cortex visuel (là où sont traitées les informations en provenance des yeux), ce trop-plein stimule essentiellement les cellules qui servent à"voir" le centre de notre champ visuel -au détriment de celles, moins nombreuses, qui servent à voir la périphérie. Conséquence, affirme Jack Cowan: même les yeux fermés, une victime d'arrêt cardiaque pourrait "voir", au milieu du néant, se former une tache blanche à peu près circulaire. Cette tache s'agrandirait progressivement... créant ainsi l'illusion de se trouver dans un tunnel, en route vers la sortie.

Ce n'est qu'une hypothèse. Mais elle tient au moins autant la rampe que toutes les autres -y compris celle du passage vers l'au-delà.
Et que penser de celle-ci: le passage par un tunnel et l'émergence dans un autre monde, rempli d'une lumière insoutenable et d'êtres étranges, serait un souvenir de... notre naissance. Un souvenir que le cerveau, dépassé par les événements -l'arrêt cardiaque, par exemple- serait allé chercher dans un effort desespéré pour comprendre ce qui se passe.
Ou celle-ci: lorsque vous tentez de vous rappeler un événement passé, êtes-vous de ceux qui reconstituez mentalement la scène comme si vous étiez au-dessus? Si oui, sachez que tout le monde n'a pas cette capacité de se placer en spectateur. Mais ceux qui l'ont, affirme le psychologue australien Harvey Irwin, seraient plus enclins que les autres à s'imaginer se détachant de leur corps et "observant" la suite des événements.
Le rescapé qui dit avoir entendu les médecins s'affairer autour de lui et tenter de le réanimer? Il les a réellement entendus, rétorque Susan Blackmore. On a tort de croire qu'un individu dans le coma perd complètement l'usage de ses sens.

Celui qui raconte avoir rencontré "là-bas" des personnes décédées? Souvenirs, simples souvenirs, générés par ce trop-plein d'activités du cerveau. Des souvenirs qui s'effilochent au moment du réveil, mais qui sont alors interprétés par le rescapé, déjà fortement secoué, comme une rencontre.
La science sait fort peu de choses sur la façon dont les images et les rêves se forment dans notre cerveau, ajoute Susan Blackmore. Mais aux yeux de la psychologue, une chose est sans équivoque: "Tout ce que nous pouvons imaginer avec assez de détails nous semblera réel."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire